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Rencontre avec le racisme ou perdre sa virginité


Au moment où je mettais les pieds en Afrique du Sud pour la première fois, nous étions en mars 2000, soit à peine 5 ans après l’abolition du système de l’apartheid. Encore meurtris, les Sud-Africains se remettaient difficilement du choc humain qu’ils venaient de vivre toutes ces années. Ma mission était de faire des reportages, de prendre le pouls de la population. J’étais jeune et bien naïf. Je croyais que la fin de l’apartheid était le signal d’un monde plus juste et équitable. Ouais, c’est ça… cause toujours mon lapin…

À 21 ans, provenant d’une région du Québec, je ne pouvais pas dire que mon enfance ait baigné dans un univers multiculturel et cosmopolite… Le mot est faible. Disons qu’à Saint-Georges de Beauce dans les années 80 et 90, ce qui se rapprochait le plus du multiculturel était le «spagatthi» italien de ma tante Lise, les mets chinois canadiens du restaurant New Dragon, puis trois immigrantes polonaises vieillissantes de l’après-guerre retraitées dans l’ouest de la ville.

Laissez-moi vous dire que l’Afrique du Sud m’a frappé en plein visage. Oh que si! Comme une main molle qui s’étend violemment sur votre joue. Non pas que j’étais moi-même raciste, au contraire, ce qui me choquait le plus, c’était de voir comment les personnes de race noire et les «coloured» (les métis) vivaient encore dans une terrible inégalité sociale au profit des gens de race blanche malgré la fin de l’apartheid.

Faire des reportages pour s’ouvrir les yeux

J’ai réalisé un reportage sur l’éducation, je me suis rendu dans des écoles privées réservées aux blancs puis dans les townships (bidonvilles) de Soweto dans des écoles publiques fréquentées par les plus pauvres. Cette différence faisait mal; l’humaniste en moi était bouleversé tandis que mon esprit voyageur était fasciné par tant de nouveauté. Quel incroyable peuple! Quel incroyable pays! On est à la fois dans un pays côtier très riche du côté des vignobles et très sauvage en plein désert du Kalahari ou en pleine savane africaine. C’est le seul endroit au monde où on peut voir des autruches sauvages courir le long de la mer !

Zéro de conduite

J’étais à Kimberly, une ville au nord du pays. Arrivé en avion, je me suis loué une voiture pour me déplacer. La conduite en Afrique du Sud se fait du côté gauche de la route, donc le volant est placé à droite. Jusque là, je me suis dit qu’il n’y avait pas de problème. Sauf que la voiture était manuelle… oh shit ! En plus de ne pas vraiment savoir conduire manuel, les vitesses étaient inversées. Le proposé me demande : « Are you okay ? » J’ai répondu: «Yes thank you». À ce moment, j’étais trop orgueilleux (lire: épais) pour demander de l’aide. Je me suis donc engagé sur la route en tentant de me souvenir comment mon père conduisait manuel, lui qui avait une voiture automatique… Voici comment ça c’est réellement passé:

  1. J’ai embrayé doucement et appuyé sur l’accélérateur.
  2. Le moteur a fait un bruit d’enfer.
  3. J’ai parcouru un mètre.
  4. La voiture s’est arrêtée sec.
  5. Je me suis « pété » les deux palettes sur le volant.

Malgré mes gencives en douleur, j’ai arrêté le moteur et je suis descendu le plus dignement possible de la voiture pour demander avec le filet d’air qui me restait comme espace buccal pour parler et qui me faisait shouinter en disant: « It iszz pochible tchou rent a driverzz for thiz car ?» Le type a exposé toutes ses dents blanches en s’étouffant de rire. Il est devenu mon chauffeur pour la semaine, il s’appelait Jonas. Il s’est avéré être un excellent compagnon de route. C’est grâce à Jonas si j’ai pu entrer en toute sécurité dans les ghettos de Soweto…

Khoisan

C’est à Kimberly au nord aux abords du désert du Kalahari que j’ai rencontré les Khoisans. On les nomme aussi les bushmens. Peuple en disparition et pourtant tellement accueillant. (Photo: Reiseservice Alexandra Schindler Regensburg)

La ville coupe-gorge

Si la ville de Capetown était belle et relax sur le bord de la mer, difficile d’en dire autant de la métropole Johannesburg ou Jo’burg pour les intimes. Avant de partir faire mes reportages, je devais les préparer. TVA avait aménagé des espaces pour nous au 8e étage de la tour sur le boulevard Maisonneuve. J’étais en plein milieu de toute l’équipe des affaires publiques de TVA qui avait travaillé au Match de la vie avec Claude Charron. Un rêve incroyable pour un journaliste débutant ! Lors d’une discussion de bureau, ils me racontaient comment leur séjour à Johannesburg avait été difficile et dangereux; comment en plein jour ils s’étaient fait détrousser… Rien de bon pour me rassurer.

Johannesburg_CBD

Centre-ville de Johnannesburg (PHOTO: Evan Bench Wikimedia commons)

Laissez-moi vous dire qu’une fois sur place j’étais sur mes gardes. Même Jonas mon chauffeur me disait: « Barre les portes de la voiture, nous sommes a un feu rouge.» J’avais une bonne étoile avec moi, il ne m’est rien arrivé de malheureux. Je suis pourtant entré au coeur de la vie ouvrière pauvre sud-africaine, au coeur des bidonvilles (les townships) ce que j’y ai vu c’est bien sûr de la pauvreté, mais surtout des humains ordinaires qui veulent la même chose que nous: travailler, gagner dignement leur vie, avoir un toit et nourrir leurs enfants. La base quoi. Ce séjour dans l’une des villes les plus dangereuses du monde a cette époque, s’est avéré être pour moi une expérience avec les plus belles rencontres humaines.

Dans mon prochain texte: Madagascar. Là où en trois semaines, j’ai frôlé la mort, chassé des criquets, dormi avec des poules, fait du bateau avec un meurtrier puis été poursuivit par une prostituée. La routine quoi.

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8 commentaires

  1. Très intéressant.
    J’ai hâte au prochain récit. Oncle Claude

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime l’humour dans le récit. Mais ça va trop vite. Je reste sur ma faim… Je veux plus de détails! Please!

    Aimé par 1 personne

  3. J’ aime ta façon bien fardée de nous faire vivre cette expérience, Les rencontres avec ces gens vivants de presque rien mais qui arborent un sourire plus grand que nature me déstabilisent. Une prise de conscience me vient subitement à chacun de tes paragraphes…celle de cette simplicité involontaire que
    ces gens n’ont pas choisie comparativement à nous les sur-consommateurs de biens matériels vident de sens et toxiques pour notre équilibre. La différence de ceux qui arrivent à tout avec rien et ceux qui n’ arrivent à rien même si ils ont tout. J’attends la suite avec empressement car ça ramène les priorités à la bonne place…du moins pour le temps d’ une réflexion.

    Aimé par 1 personne

  4. Super ! Très agréable à lire, on s’y croirait !
    Oui, on veut plus de détails, plus de photos,… 🙂

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