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Madagascar: l’île des fausses angoisses


Après trois jours à être tétanisé dans ma chambre d’hôtel, la raison est revenue à moi. Mon mandat était quand même de faire trois reportages de six minutes dans un pays complètement inconnu. Il y avait donc du travail et les jours étaient comptés. Le soir du troisième jour, j’avais rendez-vous avec une Québécoise installée en sol malgache depuis quelques années. Elle devait venir me chercher à l’hôtel pour un souper qu’elle et son conjoint, un Malgache, avaient préparé. Elle s’appelait Manon Vincelette et lui Hery Ralambouranto.

Le souper se déroule à merveille, Manon et Hery sont gentils, passionnés de leur pays et très généreux de leurs conseils pour faire face à ce choc culturel qui m’afflige. Il a été prévu que j’embauche Hery comme chauffeur. La mission: faire un reportage sur les invasions de criquets. L’idée me fascinait complètement; voir des champs envahis de millions de criquets faisait pour moi partie des légendes entendues dans mes cours de catéchèse en 2e année. Il faut dire que mon enseignante de deuxième, Georgette, était forte sur le dogme…

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Le lendemain, le départ était prévu pour trois heures du matin, car on devait s’engouffrer sur une route sinueuse de 270 kilomètres avant d’arriver à l’endroit du tournage. Hery avait amené avec lui deux amis. Honnêtement, je me demandais pourquoi, je me questionnais sur leur réelle utilité. J’étais même un peu inquiet.

Le 4×4 démarre dans la nuit. Il fait frais, environ 18 degrés. Je lutte contre le sommeil. Sur la route, une énorme angoisse m’envahit; je prends conscience que c’est la première fois de ma vie que je roule sur une route non éclairée. Seuls les phares de la voiture nous guident. Tsé quand il fait noir, il fait noir. Je suis seul sur une route secondaire dans un pays inconnu avec trois inconnus. Je me suis dit intérieurement : «Bon ben mon bob, c’est le temps d’avoir confiance en l’être humain !»  Je suis demeuré sur cette réflexion tout le reste de mon voyage.

5h30. Le jour pointe à l’horizon. Le soleil se lève. Le 4×4 ne faiblit pas, je me fais brasser comme dans une laveuse à spin. Assis à l’avant côté passager, je jette un oeil dans le rétroviseur. Wow ! Des collines verdoyantes accueillent le lever du soleil. Je demande à Hery d’arrêter pour prendre des images vidéo. Je vis à ce moment, un sentiment de plénitude intense. Je me sens plein, plein de reconnaissance, plein de bonheur et empreint d’une chance inouïe. Il faut dire que l’île de Madagascar recèle des paysages singuliers. Une nature riche et originale, des espèces uniques, bref un paysage qui nous dépayse complètement dès que l’on sort de la ville.

Nous roulons déjà depuis quatre heures. Nous avons 270 km à faire et nous ne sommes même pas encore à la moitié du chemin. Ma patience baisse d’un cran. La route est extrême, nous ne pouvons rouler à plus de 15 km/heure par moment. Les pluies des derniers jours ont scarifié la route. Les infrastructures routières à Madagascar datent de la colonie alors… je comprends pourquoi il y avait deux autres types dans la voiture, la route est tellement difficile que les gars s’échangent la conduite à tour de rôle pour se reposer à l’arrière. Pendant ce temps, mon arrière-train me signifie son désir de sacrer son camp ailleurs… c’est ce que l’on nomme «derrierum endoloris» en langage latin inspiré d’Harry Potter.

mananjary

Au bout de 12 heures de route… oui 12 heures de route pour faire 270 km, nous arrivons dans la ville de Mananjary, une ville côtière. Je vois ainsi la mer pour la première fois dans ce voyage et ça fait du bien ! J’ai chaud et je ne me peux plus. Comble de malheur, mon désodorisant vient de me lâcher. Non loin de mon hôtel, il y a une petite plage. J’ai dit, tout heureux à mon chauffeur, que j’allais enfiler mon maillot et me baigner à la première occasion. Tous les gars dans la voiture se mettent à rire ! Je ne comprends pas pourquoi. Ils me demandent :

-Tu veux te baigner sur cette plage ?

-Oui, absolument, l’eau de mer va me faire du bien et ensuite je vais m’étendre sur le sable.

Les gars en choeur se mettent à rire de plus belle, ils s’étouffent presque.

-Qu’est-ce qu’il y a ? Je demande.

-Bien c’est que cette plage tu vois… euh… bien… euh…

Je vois qu’il hésite et semble tout à coup terriblement gêné. Je lui dis:

-Quoi qu’est-ce qui se passe avec cette plage ?

-Bien, disons que tu pourrais y retrouver des surprises…

-Des surprises ? Quoi  ?  Elle est infestée de pucerons de sable?

-Oh non, pas du tout.

-Il y a des scorpions ?

Les gars se mettent à rire de plus belle.

-Bien tu vois, cette plage sert à la population du village.

-Elle sert à quoi ? Allez, dis-le-moi !

-Bien dans les villages très pauvres sans infrastructure du pays, les gens utilisent parfois la plage comme litière géante !

-QUEEEOOII ?

Les gars pleurent et sont pliés en deux à l’arrière du 4×4. Je suis certain qu’ils me niaisent.

-Oui, ils viennent faire leurs besoins ici et les enterrent comme les chats dans une litière. Donc si tu décides d’aller à cette plage c’est à tes risques et périls. Dit-il l’air amusé.

-Ah ben calvaire ! (oui je l’ai dit. Anyway cette expression ne voulait rien dire pour eux) Ça vaut la peine de venir si loin pour que son hôtel donne sur une litière géante à ciel ouvert !

Le paysage était tellement idyllique, une plage, de l’eau immaculée, des palmiers… maudit !

À partir de ce moment, on s’est mis à rire en groupe et à imaginer toutes sortes de scénarios de touristes perdus… je leur ai payé une bière, on a étiré la soirée puis je suis allé me coucher…la lumière ouverte.

Dormir lumière ouverte

Oui, je l’avoue, j’ai dormi lumière ouverte, mais je vous assure que ce n’est pas une phobie d’enfance non guérie. C’est que ma chambre d’hôtel était plutôt non organisée, on aurait dit une chambre de motel humide qu’on loue à l’heure sur le boulevard Hamel. Les rideaux vert lime ne s’agençaient vraiment pas bien avec le couvre-lit jaune moutarde. Disons que le concept citron-lime était plus ou moins bien réussi. Je dis hôtel, mais ce n’était même pas un motel. Une simple chambre dans un lieu public est plus juste comme description. Toujours est-il que je décide de me mettre au lit.  Je ferme la lumière et me couche. Quelques minutes après avoir fermé la lumière j’entends des petits bruits, un son qui passe de gauche à droite au-dessus de ma tête. Je me dépêche de rouvrir la lampe. Ce que je vois courir sur le mur se cacher dans les rideaux est contre nature, c’est gros au moins 30 cm. La queue dépasse en bas des rideaux, mais elle est du même vert lime. Ayoye un lézard. J’ai su plus tard que c’était un gecko de Madagascar, un gros gecko qui mange les plus petits ! 30 cm c’est long comme une règle d’école. Tsé il était gros comme un chat batinse ! Oui je suis intelligent, oui je suis rationnel, oui je sais que les geckos sont inoffensifs pour nous. Fake j’ai dormi la lumière ouverte.

La semaine prochaine, promis, je vous raconte mon séjour sur un bateau cargo avec les poules et ma balade en bateau avec un prisonnier meurtrier.

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Gecko de Madagascar

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3 commentaires

  1. Seul au monde sur une plage n’ est pas toujours rassurant alors? Et faire confiance à l’ humain comporte aussi son lot de questionnements…un périple que tu n’ es pas prêt d’ oublier malgré ton jeune âge ,tu étais déterminé et très courageux. Je serai là pour la suite de ce grand moment.

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  2. Bonjour,
    Amoureux de Madagascar, vous le serez ! C’est tellement incroyable de voir à quel point elle est magnifique cette île.
    Vivre des aventures, des moments agréables, prendre le temps de se relaxer et se divertir pendant les vacances, aussi découvrir tout sur le pays.
    Afin de s’épanouir pendant vos vacances.voyager à Madagascar.
    Merci pour le partage.

    J'aime

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